La Nature psychique

 

 

La Nature psychique :


   

    Sociologie, anthropologie, sciences cognitives et comportementales sont des sciences humaines. La psychologie cependant, ne saurait se cantonner dans la sphère du typiquement humain.
     Depuis les réflexions premières de Carl Jung sur les analogies entre la physique et la psychologie dans les années 30, depuis sa collaboration avec le physicien Pauli pour la formulation de la théorie de la synchronicité*, la psychologie n'est plus une science exclusivement humaine. Elle est devenu progressivement une science de la Nature psychique. Une science qui, pour s'occuper de ce qui est humain, envisage tout autant le "psychique" selon un paradigme nouveau, dépassant l'anthropomorphisme originel de ce terme ; un "psychique" à l'échelle du monde, et jusque dans la profonde matière...
      
      Permettons-nous une comparaison de la psychologie avec la physique, et posons-nous cette question toute simple : la physique, à quoi s'intéresse-t-elle?
       Elle s'intéresse à comprendre le monde, l'Univers physique justement.
      Que penser d'une physique qui serait là uniquement comme une base conceptuelle soutenant les formes et les travaux d'une biologie, qui elle-même ne serait là que pour engendrer une médecine du corps humain?
       Loin d'une telle réduction, la physique s'intéresse au monde, à l'Univers. Elle cherche à comprendre la matière, sa nature, ses lois, ses propriétés, son origine et son devenir...
      C'est ici précisément que se trouve la première analogie entre la physique et la psychologie analytique. Celle-ci, contrairement à la psychologie académique, ne se limite pas à la conscience humaine, mais voit le psychique à l'oeuvre, non seulement dans son inconscient, mais aussi dans celui de l'animal dépourvu de conscience, mais aussi dans l'insecte mû par une incroyable intelligence naturelle, et jusque au sein de la matière, dont le comportement (les physiciens nous le disent!) implique une véritable remise en question philosophique...
      La psychologie a donc pour vocation de s'intéresser au monde, à l'Univers psychique, spirituel, par un simple et logique rapport de complémentarité avec la physique. Son objectif est de comprendre sa nature, ses lois, ses propriétés, son origine et son devenir...
      La psychologie analytique a d'une certaine manière déshumanisé le mot "psychique." Elle a dépouillé ce terme de sa connotation humanoïde, anthropomorphe.
      Dans notre compréhension du psychique, il n'y a plus cette évidence d'une structure ou d'une fonction du vivant.
      Le mot "psychique" ne désigne rien d'autre que la vision que l'on a de la Nature Intérieure du Monde, par opposition complémentaire à sa Nature Extérieure, que l'on réfléchi de part le "physique". C'est par l'introspection que l'on y accède, et par elle seulement.
      Il est vrai que traditionnellement, l'introspection ne conduit pas bien loin un occidental moderne, qui n'a reçu d'autre éducation et d'autre philosophie que celle d'une extraversion démesurée au détriment de tout autre valeur... Ce n'est pourtant pas le cas de tout le monde, pas encore, et ce ne fut pas le cas de nos aïeux, il n'y a quelques siècles en arrière. Il suffit de se pencher sur tout ce que l'homme a fait d'expérience mystique, d'art, de religion, de philosophie et de spiritualité, bien avant l'ère industrielle, pour se rendre compte que l'introspection, lorsqu'elle est pratiquée avec la même passion et peut-être, la même démesure que l'on pratique l'extériorisation de soi aujourd'hui, a permis à nombre d'êtres humains de regarder plus loin en profondeur, plus loin que leur Moi, plus loin que leurs vie, jusqu'au fond de ce "psychique" universel qui repose dans la Nature, dans l'Univers, loin de l'Homme et de sa forme.
      Du coté de la physique, la notion de "matière" a profondément évolué tout au long du vingtième siècle, et la philosophie matérialiste a subi par conséquent une mutation toute aussi grande. Depuis Einstein et la mécanique quantique, la matière n'est plus considérée comme un agglomérat de briques fondamentales, concrètes, solides et locales. La matière s'est complètement désubstantialisée, délocalisée, déformalisée. Les bons vieux atomes ne sont plus que la manifestation de champs d'énergie, que l'on décrit avec des fonctions d'ondes, statistiques et probabilistes. Cette profonde mutation de la définition même de son objet d'étude que la physique moderne a su faire, la psychologie des profondeurs l'a fait avec l'objet d'étude qui est le sien. Aujourd'hui le mot "psychique", dans son acceptation la plus générale, n'est plus associé à quelque forme humaine, et nous parle de l'Univers tout entier dans son versant Intérieur.
      La matière organique sombre dans la matière inerte, qui elle-même sombre dans l'énergie cosmique... Le mot "physique" est bien séparé de la notion de "corps humain". De même avec le mot "psychique", qu'il faut apprendre à séparer de son aboutissement, de son excroissance, de son évolution "généalogique" jusqu'au psychisme humain.
     

    Appuyons donc une dernière fois sur le fait que le psychique est à distinguer de l'image anthropomorphe qui lui pend toujours au nez. Théoriquement, les processus psychiques n'ont pas besoin d'avoir forme humaine, ni même d'avoir un être vivant pour support. Le psychique n'implique pas le vivant, tout simplement. Il n'y a pas de mystère là-dedans, pas plus que dans la présence d'un caillou dans le monde physique. Le caillou n'est pas vivant, il ne réfléchit pas et ne possède pas plus de forme humaine, ce qui ne l'empêche pas non seulement d‘exister, et même d'exister en dehors de nous. A quoi ressemble donc ce psychique universel, non humain et même non vivant? C'est une question à laquelle Jung a consacré sa vie à répondre, et que nous approfondirons au grès de nouveaux textes... Ce qu'il faut commencer par comprendre, c'est que cette question n'a rien de plus extravagante que la suivante : à quoi ressemble donc cette matière universelle qu'étudient les physiciens? Dans les deux cas la réponse est la même : en fin de compte, nous ne le savons pas. Nous pouvons seulement constater que nous percevons quelque chose, une phénoménologie naturelle que nous pouvons appréhender, modéliser, soumettre à l'expérience ; tantôt de l'extérieur, avec la physique, tantôt de l'intérieur, avec la psychologie...

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×