L'Inconscient

 

 

L'Inconscient :

 

     La psychologie ne découvre pas l'inconscient, elle ne fait que le redécouvrir et se l'approprier en fonction de son paradigme et de ses perspectives. De Leibniz à Jung, la philosophie et la psychologie moderne ont abordé ce phénomène en fonction de nombreux points de vue, chacun témoignant d'une confrontation et d'une expérience particulière avec cet inconnu. On pourrait dire que ce qui définit une approche moderne de l'inconscient est ce constat qu'il agit depuis notre propre intérieur. 
    L'inconscient correspond donc à tout un pan de notre vécu, et permet de le conceptualiser. La façon dont la psychologie pense l'inconscient est d'une importance capitale non seulement pour les psychologues, mais aussi pour tout un chacun. Le concept d'inconscient nous permet de reconnaître la réalité légitime des forces qui nous entourent, qui agissent en nous et qui nous dépassent. Il est donc le garant scientifique de l'expérience intime par laquelle nous reconnaissons nos limites. Prendre en compte l'inconscient revient à se rappeler que nous ne sommes pas tout puissants, que nous ne pouvons pas tout maîtriser, que nous ne portons pas toute responsabilité, enfin que nous faisons preuve d'une considération attentive envers ces forces qui nous dépassent. Cette considération de l'inconscient dans la psychologie est une condition nécessaire pour lutter contre l'inflation* du Moi et les assauts de l'obscurantisme...

    L'inconscient est un concept limite en soi. Par définition il ne peut s'appréhender qu'indirectement. Il ne faut donc jamais s'imaginer que l'on connaît sa nature, sa couleur, sa réalité ultime. Tout ce que l'on peut dire sur lui se limite aux modèles opérationnels qu'on en fait, constructions abstraites et sans réalité palpable. Il faut toujours garder à l'esprit que les modèles de l'inconscient que l'on propose ne sont, en réalité, ni plus ni moins crédibles que les modèles de l'atome censés rendre compte de la nature de la matière.
    Depuis l'aube de sa conscience, l'être humain s'est retrouvé confronté à ses rêves (oniriques), à l'au-delà et ses divinités, aux mystères du cosmos et de la nature, aux grandes questions philosophiques et métaphysiques ; bref un ensemble de manifestations et d'expériences qui surpassent la compréhension directe que l'on peut avoir du monde. Pour en parler nous avons développé un ensemble de paradigmes ; une déclinaison de mots différents pour évoquer la même chose, en fonction de nos croyances, de nos présupposés, de notre culture...
    L'inconscient est donc une conceptualisation moderne pour essayer d'englober tout ce qui se trouve au-delà de nous-même, et cela en orientant le regard vers l'intérieur. On peut se le représenter comme cet univers Intérieur au sein du quel se trouve contenu le Moi. Cet l'Univers Intérieur est vaste, et tout comme notre corps limité se retrouve différencié de l'Univers Extérieur, notre conscience, notre psychisme lui aussi possède ses limites et l'Univers Intérieur est rempli d'un espace immense qui se trouve en dehors de nous. En d'autre terme, l'inconscient est en grande partie hors de nous, de la même façon que l'Univers Extérieur se trouve en grande partie hors de nous. Empiriquement, on ne connaît pas du tout ses limites.
    On pourrait dire que l'inconscient est a la psychologie ce que le cosmos est à l'astronomie... Il en possède les dimensions, l'incommensurabilité, ce caractère insondable et originel.
    Cette comparaison est sans doute compliquée à se représenter. Cela tient au fait que pour explorer l'Univers Extérieur, nous disposons d'une technologie puissante et performante. En revanche, en ce qui concerne l'exploration de l'Univers Intérieur, nous pouvons nous considérer comme parfaitement retardés. Le "télescope" qui nous permet d'orienter notre regard vers l'Univers Intérieur n'est autre que notre capacité d'introspection, et si notre civilisation s'est massivement développée au niveau de son expérience extérieure, l'introspection, elle, est une activité dont l'ampleur n'a plus rien de comparable avec l'extériorisation de soi, une activité qui même, s'est littéralement atrophiée au point que le dernier des primitifs nous surpasse largement dans ce domaine...

    On ferait donc une erreur en supposant l'inconscient comme un simple morceau de nous même dépouillé de conscience. Une telle vision, profondément réactionnaire, est celle des sciences cognitives qui supplantent la psychologie un peu partout en occident. Bien que parfois il s'en défende, le cognitiviste nie la notion d'inconscient. Pour caricaturer (peut-être) la pensée cognitiviste, l'inconscient est simplement cette partie du cerveau qui fait battre le coeur sans que l'on ai besoin de penser consciemment chaque pulsation. Il est urgent de remarquer le danger d'une telle pensée, qui nous ramène à des temps où l'occidental se voyait comme une conscience unique et toute puissante, entièrement libre et dégagée de toute force extérieure...
    L'inconscient n'est pas non plus un dépotoir à refoulements comme le veut à tout prix l'héritage freudien. Le refoulement est un processus réel, mais là n'est pas la question. L'inconscient ne se crée pas lors de la petite enfance, à la suite d'un refoulement originel. C'est au contraire, de lui que nous provenons, nous et notre conscience. L'inconscient est inné, dans une potentialité préformante, prédisposant à la création de formes collectives, puis individuelles. Il est capable de grossir du refoulement, comme il peut engendrer lui-même de nouvelles formes...

    Dans cet esprit, Jung a défini l'Inconscient Collectif, commun comme son nom l'indique, à l'humanité toute entière. L'Inconscient Collectif se distingue alors de l'inconscient individuel, qui lui reste particulier, intime à chacun. Ainsi, dans son versant collectif, l'inconscient est constitué d'archétypes, qui sont des possibilités de représentations innées (et non pas ces représentations elles mêmes). L'Archétype est inconnaissable, irreprésentable, une forme vide, condition à priori de toute possibilité psychique, de toute possibilité de représentation, de toute possibilité de connaissance. Lorsque il se manifeste à l'inconscient individuel, puis à la conscience, il se "remplie" et s'apréhende comme "Grande Image Collective" chargée d'affect. Ces grandes images sont à la base des expériences mystiques à travers lesquelles sont nées les religions et leurs symboles. Ces grandes images, on peut les comparer aux Idées platoniciennes. A ce niveau là et par définition, elles sont anthropomorphes.
     Deux remarques importantes :
     Premièrement, il ne faut pas confondre l'archétype avec l'image originelle à travers laquelle il se manifeste. On peut certes, parler d'une image originelle sous le qualificatif d'archétype, mais à condition de garder à l'esprit qu'il ne s'agit là que d'un raccourci, d'une facilité de langage. Si nous parlons de l'archétype de Dieu, de la Grande Mère, du Héro, etc. nous devrons garder à l'esprit la différence entre l'archétype en lui-même, et le florilège d'images à travers lesquelles il se manifeste...
    Deuxièmement, il ne faut pas s'imaginer que la notion d'archétype soit une façon de psychologiser l'expérience mystique, pas plus que de mystifier la psychologie. Jung à passé toute sa vie à tenter, en vain trop souvent, de faire comprendre à son auditoire que la notion d'archétype était le dernier concept, ultime et neutre, auquel pouvait avoir accès une psychologie empirique de l'expérience immédiate, et que ce concept ne soulèvent tout simplement pas la question de l'existence ou de l'inexistence métaphysique de la divinité, question qui n'appartient plus au domaine de la science, mais à celui de la foi.
    Pour terminer sur l'envergure innée, collective de l'inconscient, il faut souligner l'évidence d'une telle conception alors qu'il suffit de transposer à la psychologie les acquis de l'ontogenèse et à la phylogenèse, c'est à dire le plus simplement du monde, la transposition psychologique des acquis sur l'évolution biologique... Une fois de plus, si nous possédons tous un corps typiquement humain, alors, nécessairement, nous possédons tous un esprit typiquement humain lui aussi. De la façon la plus simple, c'est ainsi que l'on peut comprendre l'inconscient collectif.

    L'inconscient contient ces grandes images collectives, des symboles, des complexes, des représentations... Mais l'inconscient ne parle pas notre langue, et dans son royaume les paires d'opposés qui nous sont familières et nécessaires ne sont pas clairement établies. L'inconscient ne fait pas la différence entre le monde extérieur et le monde intérieur, entre le Sujet et l'Objet ; ses contenus sont contaminés, indifférenciés. Aussi l'inconscient parle une langue étrangère, et nous le disons de nouveau : en face d'une langue étrangère, la meilleure chose à faire et d'apprendre à la parler (la comprendre), et non de tenter de la traduire (l'interpréter).
    L'inconscient est capable de grossir de refoulements, comme il est capable d'émergences. En lui des contenus se forment (des complexes) qui peuvent gagner en intensité jusqu'à parvenir, ou pas, au seuil de la conscience.
    L'inconscient est muni de processus à caractère final. Bien sûr on peut et l'on doit interpréter son "comportement" de façon causale, mais pour une partie seulement de son activité. Encore une fois, il ne faudrait pas sous-estimer les processus psychiques inconscients, qui possèdent leur propre forme d'intelligence.
   C'est d'ailleurs un des points essentiels de l'activité de l'inconscient : la compensation de l'attitude consciente. Un grand nombre de rêves, d'émergences, en fait une grande partie du travail de l'inconscient, consiste à compenser les failles et les unilatéralités de la conscience. Cette activité compensatrice s'oriente elle-même vers un but.
    Ainsi l'inconscient est animé d'une forme d'intentionnalité, il s'oriente vers des buts et se donne les moyens de les atteindre. Il possède une forme de mémoire, une certaine forme de lucidité, d'affectivité, la capacité de réagir et d'agir d'une façon parfaitement autonome. L'inconscient est donc rien moins qu'une cave obscure où l'on relègue ce qui nous dérange. On remarquera que nous employons l'expression "une forme de". C'est qu"il faut bien comprendre que le sens que l'on donne à ces mots - lucidité, intention, intelligence, etc. - ne peut que nous donner une idée pratique de ces processus. La "lucidité" d'un processus inconscient est sans doute bien différente de celle que nous connaissons et que nous utilisons... Il n'y a cependant pas d'autre mots pour se donner une idée, approximative, de ce qu'il se passe dans l'Inconscient. Jung pour sa part, illustrait cette "lucidité", cette "conscience" des archétypes et de leur activité agissante, en évoquant le concept de Luminosité, espérant ainsi que l'on comprendrait, par le rapport d'analogie avec la "Lumière" de la conscience, la subtilité qu'il y a dans cette ressemblance, qui est à la fois similaire et foncièrement différente.

 

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