Le rêve

                                                                                                             

Le rêve :

     

 
     "Le rêve est une autoreprésentation, spontanée et symbolique, de la situation actuelle de l'inconscient" disait Jung.

     Et le rêve n'est rien moins qu’une illusion chimérique. Il n’est pas non plus dans son essence, la réalisation fantasmatique d'un désir refoulé. Il se peut que ce soit le cas mais dans un nombre limité de situations. La réalisation fantasmatique d'un désir (inconscient ou pas soit dit en passant) est une possibilité parmi d'autres pour définir la nature d'un rêve.
     Et de ces possibilités, il y en a pour ainsi dire une infinité... 
     
     Nous distinguons
 deux niveaux de prise en considération du rêve :
     -Le niveau subjectif.
     -Le niveau objectif.
     Le niveau subjectif, comme son nom l’indique, correspond à cette forme intime du rêve, plaçant le rêveur, son Moi, son Inconscient, ses complexes, sur la scène du spectacle onirique.
      Le niveau de compréhension objective du rêve, lui, correspond à ces cas où le rêve nous parle du monde extérieur, diurne, "réel", dirait-on abusivement.
      On peut tenter de déceler cette objectivité en se demandant par exemple si le personnage que le rêve met en scène correspond trait pour trait à celui que l’on connaît, ou s'il diffère en quelque point...
    
     Au delà de ces préliminaires, on distinguent habituellement plusieurs fonctions principales pour le rêve.
    

    -La première et la plus fréquente, est la fonction réactive et compensatrice. Ici le rêve est une réaction de l’Inconscient qui vient compenser une attitude consciente défaillante ou mal adaptée. A titre d’exemple, il se peut que nous accordions consciemment une valeur trop honorable à telle personne que nous fréquentons. Cette attitude, lorsque elle devient dommageable, peut-être compensée par un rêve dans lequel on verra cette personne dans un état méprisable, ignoble, malsain, etc.                      

     -La deuxième fonction du rêve est la fonction réactive et restitutive. Ici le rêve est une réaction de l'Inconscient qui vient restituer, appuyer, souligner un fait, une expérience diurne. Cette fonction a pour objectif l'intégration d'un évènement qui ne fut pas, ou mal intégré par la conscience. Un exemple facilement compréhensible est celui d'un évènement traumatisant qui se répétera dans le rêve, ou tout simplement un motif, une association, un implication diurne importante que la conscience n'avait pas remarqué dans son panorama.    

    -Le rêve peut encore marquer un conflit entre le Moi et l’Inconscient (ce qui prend souvent la forme d‘une expérience désagréable),  afficher d’une façon autonome une donnée originale (nouvelle attitude, nouvelle perspectives, etc.), être le théâtre d'une communication télépathique, et nous trouvons enfin ce que l’on nomme les Grands rêves, ou bien encore des "rêves prophétiques", issus de l’activation de l’Inconscient Collectif. La nature et la fonction de ce type de rêves sont très complexes et dépassent l’individualité propre du rêveur...

     Évidemment, et c’est ici que les choses se compliquent, nous avons décliné là des fonctions  "pures" du rêve.
     Il se trouve qu’en pratique, un même rêve peut contenir plusieurs fonctions. Il est rare de se retrouver en face d'un rêve et de pouvoir dire : « voici un rêve entièrement et typiquement restitutif... »  En outre, cette réflexion qui est valable pour les différentes fonctions du rêve l’est aussi bien pour son caractère objectif ou subjectif : Le personnage qui se tient en face de vous et que vous connaissez dans la vie diurne peut très bien vous informer à la fois sur la personne en question, et symboliser en même temps l’un de vos propres complexes…

     Cela dit sur les différentes fonctions du rêve, on se pose maintenant la fameuse question de son interprétation. Tout de suite, soulignons l’inutilité de tout ce qui se présente comme une "clé des songes" ou dictionnaire des rêves, qu’il soit commercial ou labellisé freudien. Le rêve n'a rien d'un message codée qu'il suffit de lire avec un décodeur universel pour en découvrir la véritable signification.
     La méthode la plus sûre lorsque l’on veut interpréter un rêve est celle que l'on doit à Jung : l'association libre tout autour de l'image que l'on souhaite comprendre. Il s'agit bien d'associer, mais d'associer en tournant autour de l'image qui se présente, et de ne pas s'en éloigner. Il est facile de concevoir que si l'on s'éloigne de l'image originelle au cours des associations, il devient inévitable d'aboutir à tout et n'importe quoi... L'association ne peut qu’être subjective, relative au rêveur, ce qui implique le fait qu’une image similaire révèlera un sens différent pour deux rêveurs différents. Certes, les rêves portent en eux des symboles universels, mais cette universalité ne manque jamais de s’inscrire dans le contexte individuel du rêve et du rêveur, et cela fait toute la différence. L'universalité du symbole onirique est une indication à propos d'un thème que le rêve aborde, mais les tenants et les aboutissants du rêve, les significations précises, opérantes, restent une affaire personnelle...
    
     Pour aller un peu plus loin, nous pouvons faire une distinction entre ce qui est interprétation, et ce qui est compréhension du rêve. En fait, l’interprétation n’est qu’un moyen subsidiaire, faute de mieux si l’on peut dire, de prendre un rêve en considération.
     Car le rêve, pour utiliser une image, est tel un poème écrit dans une langue étrangère.
     Il ne dissimule rien, ne se déguise pas. Bien au contraire, il s’exprime de son mieux. S’embarquer dans le monde onirique et s’imaginer que le rêve déguise son discours dans l’intention de vous tromper, c’est d’une bêtise aussi profonde, paranoïaque et vaniteuse que de d’embarquer pour le Pérou et de s’imaginer que les gens de ce pays causent le péruvien dans l’intention de vous tromper…
     Tel un poème étranger, donc, le rêve nous parle. Nous savons que la traduction d’une langue étrangère n’est jamais parfaite, et qu’il persistera toujours quelque défaut, quelque mot intraduisible, quelque subtilité de langage qui nous fera perdre une petite partie du sens originel. C’est pour cela que je compare le rêve à de la poésie, et non pas simplement au langage tout court. Car si la traduction d’un simple discours peut se faire sans grande perte, la traduction d’un poème est bien plus difficile, pour les raisons évidentes que sont l’euphonie, les rimes, la métrique, les jeux de mots, etc.
     Ainsi le rêve est tel un poème écrit dans une langue étrangère : son interprétation implique une perte plus ou moins conséquente. Sa compréhension, directe et immédiate, bien plus difficile, est une utopie que nous visons et que nous atteignons parfois, et c’est le seul moyen pour appréhender le rêve dans toute son ampleur.
     De plus les rêves se comprennent dans un ensemble, une suite logique. On ne se penche pas sur un seul rêve, mais sur toute une série de rêves. Grâce à l’étalage d'un grand nombre de rêves successifs, on s'apercevra qu'il s'en dégage des structures, des motifs et des thèmes reccurents, un mouvement d’ensemble qui semble "tourner autour du pot",  se diriger quelque part. L'enjeu étant, bien entendu, de pouvoir comprendre vers quoi tend ce mouvement d'ensemble.
     En outre, on ne finit jamais de comprendre un rêve. Celui-ci porte en lui une richesse, une complexité sur laquelle on peut travailler, en théorie, indéfiniment. Cet aspect du rêve est dû en partie au fait qu’il est tissé de symboles, qui par définition transcendent notre entendement. D’un autre coté, c’est notre capacité même à nous souvenir de nos rêves qui provoque cette richesse. A cet égard le rêve n’est pas différent de la veille : il est toujours possible d'y remarquer de nouveaux détails, de nouvelles implications...
     Enfin, notons que rêver est une activité qui s'apprend et se perfectionne, tout comme n’importe quelle activité consciente. On peut toujours rapporter une plus grande quantité de rêves,  on peut toujours en améliorer la qualité, l'acuité et surtout, on peut toujours améliorer l'attention et la considération consciente que l'on porte au souvenir de ses rêves... En principe, plus on s'intéresse à ses rêves, et mieux on s'en rappelle. Mieux encore : plus le rêveur s'intéresse à ses rêves, et plus les rêves s'intéressent au rêveur. Ceci pour souligner le fait que le rêve n'est pas quelque chose d'aveugle et d'aléatoire. Les rêves sont un spectacle, dont le Moi fait partie, et dont le metteur en scène est un Inconscient possédant sa propre forme de lucidité, et celui qui en a fait l'expérience peut en témoigner : le rêve est le théâtre d'une authentique communication, cette communication est intelligente, constructive, et peut s'enrichir sans cesse...

     En conclusion nous dirons que le rêve est une thérapeutique naturelle d'une grande force. Non seulement le simple fait de s'en rappeler enrichit, agrandit la conscience et déclenche un sentiment de bien être, mais le rêve est en lui-même une forme de thérapie que l'inconscient nous administre en permanence.
     Le rêve, s'il est voie royale qui mène à l'inconscient, est surtout voix royale de la dialectique entre le Moi et l'Inconscient*. Particulièrement important lors de l'analyse ou tout simplement dans l'objectif d'entamer seul un dialogue avec soi-même, le rêve, si l'on doit le considérer comme une voie, est cette voie qui mène à l'individuation. Dans cette optique, la voie du rêve nous mène au plus profond de nous-même, dans une aventure qui, si l'on s'y investi activement, se déroule « pour le meilleur et pour le pire... »

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