Introduction à l'essence de la mythologie

 

"Introduction à l'essence de la mythologie"

C. Kerenyi et C. Jung

 


     I  Psychologie de l'archétype de l'enfant divin


    L'archétype, état du passé :
    Dans la mythologie, le thème de l'enfant divin est représentatif de l'aspect infantile préconscient de l'âme collective.
    Cet enfant mythologique n'est pas inspiré de l'enfant empiriquement humain. Il est un symbole, parmi d'autres possibles, pour rendre compte d'un état psychique donné.
    Du point de vue individuel ou collectif, il est fréquent de se retrouver dans une situation d'aliénation par rapport à sa nature originelle, archaïque.
    Cette contradiction serait à l'origine de l'apparition compensatoire de l'enfant divin, que l'on peut trouver aussi bien dans une mythologie collective que dans un rêve, une vision autoscopique individuelle.
    En l'occurrence, l'exercice de la religion, c'est-à-dire la répétition du récit et du fait mythique, remplit le but téléologique de maintenir présent à la conscience l'image de l'enfance et de tout ce qui s'y rapporte, autrement dit d'empêcher la rupture des liens qui rattachent aux stipulations originelles.

    La fonction de l'archétype :
    Le thème de l'enfant est donc un système se rapportant aussi au présent, et son but est de compenser les aliénations et déviations de l'attitude du Conscient. En effet ce dernier possédant par définition une propension à se déraciner, à se perdre en partialités. Cela est sources de liberté humaine mais aussi de contrariété de l'instinct. (On connaît la néophobie et l'attachement à la tradition du primitif) S'accumulent donc une "dette prométhéenne" , payable en grandes catastrophes.
    Du point de vue du progrès, la compensation de cet éloignement archaïque, cet "idéal retardateur" est vu comme inertie, conservatisme, scepticisme, timidité...
    Traditionnel, le primitif est conscient que tout progrès ne peut se faire que deo concedente, ce qui justifie, entre autre, ses rites d'entrée et de sortie. En l'occurrence, toute fraction de l'âme écartée de la conscience n'est pas désactivée pour autant. Si donc l'état enfantin de l'âme collective est refoulé jusqu'à exclusion complète, le contenu inconscient s'empare de la fixation consciente d'un but et peut inhiber, fausser ou détruire sa réalisation.
    Ce n'est que par la coopération des deux que le progrès peut se faire.

     La futurisation de l'archétype :
    L'enfant est aussi un avenir en puissance. Il apparaît comme annonçant une modification, une évolution de la personnalité. Dans le processus d'individuation, il anticipe la synthèse des éléments conscients et inconscients. Il est donc un symbole médiateur, formateur du tout. En cela il s'exprime également par le cercle, la tétrade, etc., devenant donc un symbole du Soi.
    La synthèse, ou l'entéléchie du Soi est le but de l'individuation. A travers le Soi, cette réalisation gît donc "en potentiel" dans l'individu.

     Unité et pluralité du thème de l'enfant :
    L'enfant (ou nain, homuncule, etc.) apparaissant nombreux peut marquer la dissociation du schizophrène aussi bien que l'état encore non synthétisé d'une personnalité normale, encore en train de s'identifier au groupe. Lorsqu'il apparaît sous forme d'unité, il s'agit déjà d'une synthèse de la personnalité, inconsciemment et de ce fait provisoirement effectué puisque inconsciente.

     Le dieu enfant et l'enfant héro :
    Dans la mythologie, l'enfant peut se présenter comme une divinité enfantine - surnaturelle, personnalisant donc l'Inconscient Collectif, ou comme un héro juvénile - presque surnaturel, personnalisant donc une synthèse approchante du Conscient et de l'Inconscient, sur le chemin de l'individuation.
    D'une façon ou d'une autre, son histoire et son destin sont extraordinaire.
    En tant qu'expérience psychique, tout doit se passer de façon non empirique, d'où la naissance virginale, ou se réalisant par des parties improbables du corps...
    En tant que possibilité précaire d'existence, l'avènement psychique du tout est marqué par l'abandon, les dangers, l'insignifiance de l'enfant.
    A travers les dangers que représentent les serpents, dragons et autres vertébrés inférieurs (symboles du fond psychique collectifs - correspondances anatomiques), c'est l'individualité qui est menacé d'engloutissement par l'Inconscient...
    L'enfant divin est donc «plus grand que grand» mais en même temps «plus petit que petit» ce qui se traduit par les points faibles légendaire des héros - (Siegfried) dont le travail est de vaincre l'obscurité, à savoir de parvenir à la conscience...


    Phénoménologie particulière de l'archétype de l'enfant :

    L'état d'abandon de l'enfant :
    En tant que symbole unissant les contraires, l'enfant divin se présente comme un facteur mystérieux et salutaire. A la fois menacé d'engloutissement (dangers) et protégé par la nature instinctive (les animaux le nourrissent, une mère improvisée s'occupe de lui), son abandon est caractéristiques d'une conscience qui naît, qui se dégage.
    Aussi l'abandon marque l'état de la conscience qui, se distinguant, tantôt de la nuit inconsciente, tantôt d'une masse moins consciente, se retrouve seule, hors du monde. La conscience naissante et démunie ne peut que trembler en face de la nuit originelle et des périls qui menacent constamment de l'y renvoyer. D'où la scotophobie de certains primitifs.
    Tant que la conscience n'a pas réalisé l'union qui s'avère nécessaire, l'image de l'enfant se présentera devant elle, sous forme de projections religieuses, de prescriptions hygiéniques et autres prometteurs de salut...

    L'invincibilité de l'enfant :
    Mais l'enfant chétif est en même temps pourvu d'une force divine et miraculeuse. Une force instinctive qui tant vers la réalisation de la totalité, représenté par les faits miraculeux de l'enfant héros, ou plus tard, par ses travaux (Hercule).
    L'alchimie en passe par une évolution analogue, de la materia prima jusqu'au filius sapientiae qui devient Panacée : porteur de salut.
Dans la philosophie orientale, grandeur et invincibilité de l'enfant sont liés à l'Atman, encore une fois «plus grand que grand et plus petit que petit...»
    On voit que l'épiphanie de l'enfant divin, dans son intervention au sein du processus d'individuation, est à rapprocher du concept du Soi.

    L'hermaphrodisme de l'enfant
    La plus part des dieux créateurs du monde sont bisexués. On peut attribuer cette qualité non seulement à l'indifférenciation originelle des contrastes, mais aussi à la fameuse "union des contraires", dans laquelle la personnalité totale est appelée à son accomplissement.
    Cette image passe tantôt sur le plan matériel, abstrait, psychique ou spirituel en fonction de ses représentations.

    L'enfant comme être initial et final
    L'image de l'enfant symbolise donc à la fois un état antérieur, et postérieur à la conscience. Elle englobe la vie de l'homme dans son avant et son après.
    L'enfant et l'abandonné, le délaissé, et en même temps le divinement puissant. Il est le début insignifiant et la fin triomphante.
    L' "éternel enfant" dans l'homme est une expérience indescriptible ; un état d'inadaptation, un défaut et une prérogative divine ; en dernier lieu un impondérable qui fait la valeur ou la non valeur d'une personnalité.


   

    II   La Koré, ou la jeune fille divine :

    A venir...

 

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