L'interprétation des contes de fées

 

                               L'interprétation des contes de fées

                          Marie-Louise von Franz


    
      Considérations préliminaires :

     Les contes de fées tournent en général autour du Soi, des archétypes, du processus d'individuation. L'intrication complexe et la permanente contamination* des archétypes, particulièrement visibles dans les contes, nous rappellent que  :  « chaque archétype est, dans son essence, l'un des aspects de l'inconscient collectif en même temps qu'il représente toujours la totalité de ce dernier. »
    
     Il s'agit donc, au cours de l'interprétation, de parvenir à   « ciseler les contours précis, s'approcher aussi près que possible du caractère original, déterminé, irréductible de chaque image et chercher à découvrir la nature unique de la situation psychique qu'elle exprime. »
     Au sujet des archétypes, Von Franz précise qu'il ne s'agit pas seulement d'une pensée élémentaire, mais aussi d'une image poétique élémentaire, d'un fantasme élémentaire, d'une émotion élémentaire, et même d'une pulsion élémentaire vers une action typique.  Il en va de la nécessité de toujours envisager les choses selon des points de vues exhaustifs et complémentaires, en l'occurrence les quatre fonctions principales de la conscience...
     En outre, la contamination des archétypes, accompagnée de la tentation d’envisager le symbole de façon unilatérale - sur un mode strictement " Pensée " par exemple, ainsi que le refus d’envisager la dimension individuelle dans l’expérience des symboles collectifs,  peuvent conduire à toute une gamme d’erreurs.  Ainsi des gens comprendront que tout provient et dépend d’un mythe Solaire,  d’autres que tout provient de l’Arbre, d’autres penseront que tout n’est que Sexuel, etc. On se contentera de parler du symbole collectif de l’aigle, en oubliant de se demander pourquoi l’individu a rêvé précisément d’un aigle, et pas d’un corbeau ou d’un faucon, oubli qui provoque la perte d’une dimension toute entière de la compréhension...
    
     Pour en revenir au conte, Von Franz souligne le fait qu’il est très important de connaître son contexte historique, et de pouvoir le relier aux nombreux contes parallèles qui peuvent exister.
     En effet il est utile de savoir dans quelles conditions historiques, psychologiques, sociales, est née le conte. Quant aux versions parallèles, elles permettent une comparaison fructueuse : faciliter la compréhension par amplification,  relever les particularités qui sont toujours significatives...

     Enfin les contes, les mythes et les histoires archétypiques en général se constituent le plus souvent à partir d'expériences individuelles et ont pour origine l'invasion d’un contenu inconscient, que celui-ci soit un rêve ou une hallucination numineuse. L'évènement se transforme en saga locale, se propage et s'amplifie.

      En ce qui concerne la distinction que l'on peut faire entre le mythe et le conte, on peut dire que le mythe est la vague à la surface du conte océan.  On en trouvera pour dire qu'à l'origine du mythe il y a le conte, qui a réussi à s'élever suffisamment pour gagner son importance d'envergure culturelle. D'autres pour dire qu'à l'origine il n'y a que le mythe, et que le conte n'est qu'une survivance dégénérée du mythe qui décline avec la civilisation. Un mouvement de vas et viens entre les deux conditions et ce qu'il y a de plus probable.  Ainsi la saga locale peut s'élever au rang de mythe, et retomber ensuite à l'état de conte.
      Le mythe est une production culturelle, marquée par la conscience collective de telle époque à tel endroit, ce qui le rend plus facile à interpréter que le conte.
      Le conte, lui, est plus individuel, élémentaire et fondamental, d'où son immense intérêt pour la connaissance psychologique, mais aussi dans le domaine pratique :  on communique mieux en racontant un conte qu'en racontant qu'un mythe...

     

     L'interprétation proprement dite :

     Comme pour un schéma narratif ordinaire, on peut diviser l'histoire archétypique en ses différentes phases. On note au passage l'introduction, avec le fameux "Il était une fois", ou toute autre formule du genre, qui toutes nous placent dans un au-delà, un monde hors du temps et de l'espace, caractéristique lorsqu'il s'agit de l'inconscient.
     On commence par regarder les personnages donnés au départ. La première chose à faire et de considérer leur genre et leur nombre en début et fin d'aventure. On peut ainsi regarder l'évolution que marque la fin du récit.
    Vient ensuite l'exposition du problème. A quel trouble psychologique cela correspond-t-il?
      Les péripéties et le point de chute, enfin la situation finale. Ici on peut noter que certains contes se terminent par une phrase du genre : « Ils furent heureux et mangèrent bien jusqu'à la fin de leur jours, mais nous, pauvres diables, sommes ici mourrant de faim... » Ce genre de conclusion sert à prévenir contre la fascination du monde imaginaire, à rappeler un auditoire émerveillé aux exigences du monde matériel.
    
     On étudie ensuite les symboles dans l'ordre où ils se présentent. Il faut amplifier les éléments, c'est à dire chercher autant de thèmes parallèles que possible. C'est de cette façon que l'on peut, en prenant conscience du contexte, de cette anatomie comparée, non seulement rattacher le conte à quelque thème plus général, mais aussi en détacher les particularités intimes.
     On établi ensuite le contexte précis de chaque image, on voit ce qui peut expliquer, par amplification, l'image de la souris par exemple.
     Enfin l'interprétation proprement dite. Il ne faut pas s'arrêter en route et simplement dire : "La mère terrible vaincue par le héros", mais aller jusqu'au bout : "L'inertie de la conscience est surmonté par la tendance vers un niveau de conscience plus élevée..."

        

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